nous étions enfants
et la voisine d'en face passait son temps à la fenêtre
à regarder
à tirer le rideau pour épier
le retirer pour se cacher
nous étions enfants
mais ses enfants à elle sont restés à la fenêtre
et modernité oblige
ses enfants ont acheté une caméra
que pourraient-ils faire d'autre
que ce qu'ils ont toujours vu faire
que pourraient-ils faire d'autre
alors ils restent à cette fenêtre
et modernité oblige
ils filment
ce qu'ils voient depuis leur fenêtre
parfois on pourrait se forcer à reconnaître
que par la fenêtre il est des choses qui nous parlent du monde
le fait que ces enfants là
posent face caméra
se posent en Artiste
nous dit-il quelque chose du Monde
nous dit-il quelque chose d'un Benjamin Bodi ?
nous étions enfants
et nous
nous nous hissions à hauteur de fenêtre
et baissions notre pantalon
pour laisser rayonner un joli sourire lunaire
nous sommes devenus adultes
mais pas tous
l'âge et les années ne vont pas forcément de paire
nous étions enfants
et nous comprenions déjà
nous n'avions pas envie de faire partie du même Monde
nous dit-il quelque chose d'un Benjamin Bodi ?
nous étions enfants
et nous
nous nous hissions à hauteur de fenêtre
et baissions notre pantalon
pour laisser rayonner un joli sourire lunaire
nous sommes devenus adultes
mais pas tous
l'âge et les années ne vont pas forcément de paire
nous étions enfants
et nous comprenions déjà
nous n'avions pas envie de faire partie du même Monde

et puis l'on est invité dans un appartement
et l'on prend conscience que l'on ne fera plus un plat de pâtes
de la même façon
ordinaire
soudain
le réel vient d'être sublimé
par un rituel méthodique
des gestes simples tendres et gracieux
un geste
une musique que nous reconnaissons notre
nature
celui de Delphine Seyrig épluchant des pommes de terre
de Laure Mathis épluchant des pommes
de Sophie Demeyer cuisinant 5 farfalle
sous la maîtrise simple et/ou méthodiquement baroque
de Chantal Akerman pour Jeanne Dielman
de Robert Cantarella pour Hippolyte
de Thibaud Croisy pour Je pensais vierge mais en fait non
il est des spectacles
qui recrutent des amateurs
avec leurs défauts
avec leurs défauts
leurs gestes parfois maladroits
leurs physiques atypiques
et le foisonnement des propositions
et la richesse des contrastes
et qui en une heure
nous montrent que l'on pourrait reprendre chacune des 5 minutes
comme déjà source d'idée d'un spectacle à développer
et qui resterait lui-même
nature
le théâtre n'est-il effectivement pas le lieu de l'anormalité
les anormalités comme représentation d'un monde pluriel
plutôt que la scène aux mains d'une Normalité Supérieure
à suivre le travail de Christian Bourigault
http://www.mpaa.fr/Calendrier?year=2010&month=5&day=12&event=Qui-danse-?-C.-Bourigault&e_id=270


